Chères sœurs, chers frères
Chers invités
Chères militantes et militants,
Sympathisantes, Sympathisants
Mes chers compatriotes,
Peuple sénégalais,
Nous voilà face à face.
Face à notre histoire.
Face à notre peuple.
Face à cette responsabilité immense que les Sénégalaises et les Sénégalais nous ont confiée.
En ce jour historique du 06 juin 2026, le premier Congrès ordinaire de PASTEF-LES PATRIOTES a réuni des délégués venus des 553 communes du Sénégal ainsi que de la diaspora. C’est tout le parti vivant qui s’est donné rendez-vous ici à Diamniadio pour réfléchir, débattre et préparer l’avenir.
Je veux d’abord vous remercier du fond du cœur pour la confiance renouvelée que vous venez de me témoigner en me reconduisant à la présidence du parti. Cette confiance n’est ni un privilège ni un honneur personnel ; elle est une charge, une responsabilité et une exigence de fidélité envers notre peuple, nos militants, nos martyrs, notre option panafricaniste et de solidarité internationale.
Jërëjëf
A Jaaraama
Jookonjal
A baraka
Emite poyul
Je veux également saluer le travail remarquable accompli durant ce congrès. Des dizaines de contributions, de rapports, de thèses et de textes d’orientation ont été produits, discutés, amendés puis adoptés dans un esprit de responsabilité militante et de profondeur politique. Cela montre une chose essentielle : PASTEFLES PATRIOTES n’est pas seulement une force électorale ; il est une force de pensée, d’organisation et de transformation.
Je remercie chaleureusement le Comité de pilotage du Congrès et le Secrétaire général Mohamed Ayib Salim Daffé, qui en a été la cheville ouvrière si efficace, les différentes commissions et leurs responsables et membres, les équipes techniques, les militants mobilisés jour et nuit, ainsi que tous ceux qui ont permis la tenue de cette rencontre historique dans un esprit de discipline, de fraternité et d’engagement.
Chers congressistes,
Chers invités,
Nous ne sommes pas réunis pour célébrer une victoire électorale comme on célèbre une fin. Nous sommes réunis parce qu’une brèche historique s’est ouverte et qu’il nous revient désormais de décider ce que nous allons en faire.
Allons-nous laisser cette espérance être absorbée par l’ordre ancien ?
Ou allons-nous organiser durablement la souveraineté du Sénégal ?
Voilà la question radicale.
Il y a douze ans, en 2014, naissait PASTEF-LES PATRIOTES.
Tout est parti d’une intuition devenue conviction : le Sénégal ne souffrait pas seulement d’erreurs de gouvernance, mais d’un système de dépendance profondément enraciné. Comme l’avait montré Frantz Fanon, l’indépendance politique peut survivre à la dépendance réelle lorsque les structures profondes de domination demeurent intactes. Le Manifeste des Patriotes puis L’Appel aux Patriotes ont donné une première formulation politique à cette exigence de souveraineté, de travail, de dignité et de justice.
Au début, beaucoup regardaient notre engagement avec condescendance. On nous présentait comme une force marginale, un regroupement de jeunes cadres de l’administration, d’intellectuels, définitivement incapables de peser dans le jeu politique sénégalais. Mais le peuple sénégalais, lui, entendait déjà autre chose.
En 2017, malgré des moyens limités et un environnement politique hostile, PASTEF-Les Patriotes fit son entrée à l’Assemblée nationale avec mon élection comme député. Cette présence parlementaire permit de porter dans les institutions une parole nouvelle sur la souveraineté, les ressources naturelles, la corruption et la dignité nationale.
Puis vint l’élection présidentielle de 2019. Ce qui devait être une candidature de témoignage devint une poussée politique majeure. En quelques années seulement, une nouvelle génération politique s’imposait dans le paysage national et faisait émerger une alternative populaire capable de remettre en cause les équilibres établis depuis des décennies.
C’est à partir de ce moment que le système comprit que PASTEF-Les Patriotes n’était plus un simple parti d’opposition, mais l’expression politique d’une crise profonde de l’ordre postcolonial sénégalais. Cette crise n’est pas seulement institutionnelle. Elle est aussi morale, culturelle et historique et appelait notre pays, comme tous les peuples africains, à inventer sa propre voie historique. Dès lors, avec une constante renouvelée et une énergie entretenue par des forces internes et externes, nous sommes devenus une cible sur laquelle s’abattaient les foudres du système.
Nous avons connu les humiliations et le mépris réservés à ceux qui refusent de courber l’échine.
Nous avons connu les arrestations, les gaz lacrymogènes, les prisons, les campagnes de diffamation et le harcèlement judiciaire.
Nous avons été dissous administrativement dans l’espoir d’arrêter une dynamique devenue nationale.
Les appareils judiciaire, sécuritaire et administratif de même que certains médias ont été mobilisés contre une opposition que le système ne parvenait plus à contenir.
Nous avons vécu les restrictions d’Internet, les arrestations massives et les intimidations visant à faire taire une génération. Nous avons connu les tortures, les filatures, les barricades, les licenciements arbitraires, les blessures morales et physiques dont le parti et le peuple vivent encore les terribles conséquences.
Nous avons vu des dizaines de jeunes tombés sous les balles lors des manifestations, plus de quatre-vingts morts selon plusieurs organisations de défense des droits humains. Mais plus la répression s’intensifiait, plus grandissait dans le pays la conviction qu’il ne s’agissait plus d’un affrontement politique ordinaire, mais de la confrontation entre un système en crise et un peuple qui refusait désormais de reculer.
Et pourtant, PASTEF-Les Patriotes n’a pas disparu. Pendant de longs mois, malgré la dissolution, l’emprisonnement de son leader, ses dirigeants et des centaines de ses militants, le parti a continué à vivre de manière informelle, parfois clandestine, à travers ses militants, ses cellules, ses réseaux et ses alliances. Il a maintenu la flamme dans les quartiers, les villages, les universités, les stades, au sein de la diaspora et dans les espaces numériques. Il a poursuivi l’organisation, la formation et la préparation des échéances décisives, notamment la bataille électorale de mars 2024. Ce que certains pensaient réduire à un simple appareil administratif s’était déjà transformé en force populaire. Et lorsque le décret de dissolution fut finalement abrogé en mars 2024, une vérité était apparue aux yeux de tous : on peut dissoudre un parti sur le papier, mais on ne dissout pas une espérance devenue collective.
Chers militantes et militants,
Nous avons connu ces longues nuits où l’on voulait convaincre notre peuple qu’il devait choisir entre la dignité et la stabilité.
Nous avons vu nos jeunes mourir dans la mer, sur les routes désertiques du Sahara ou dans les rues.
Nous avons vu des diplômés errer sans emploi pendant que les richesses du pays quittaient nos ports.
Nous avons vu des paysans produire sans vivre dignement de leur travail.
Nous avons vu des mères renoncer à des soins pour elles-mêmes ou leurs enfants faute d’argent.
Nous avons vu des citoyens perdre confiance dans une justice qu’ils ne reconnaissaient plus comme la leur.
Et lorsque le peuple s’est levé, lorsque la jeunesse a décidé d’entrer dans l’histoire, nous avons vu la répression s’abattre sur elle.
Mais le peuple sénégalais n’a pas reculé.
De 2021 à 2024, quelque chose de profond s’est produit dans notre pays. Une conscience nouvelle est née. Le peuple a cessé d’être un simple électorat pour devenir un sujet politique actif. Ce moment marque l’entrée consciente d’un peuple dans l’histoire, cette irruption populaire que les grandes luttes africaines de libération ont toujours portée au cœur de leur espérance. Thomas Sankara rappelait qu’un peuple conscient et organisé devient une force historique impossible à contenir durablement.
Et cette séquence historique a débouché sur ce que beaucoup croyaient impossible : une révolution démocratique portée par les urnes.
Nos victoires électorales de 2024 n’ont pas été des accidents. Elles ont été l’aboutissement politique d’un long processus de mobilisation populaire.
Mais, mes frères et sœurs, l’histoire nous enseigne une chose : les peuples peuvent conquérir le pouvoir sans parvenir à transformer l’État. Les révolutions peuvent être détournées, absorbées ou vidées de leur contenu lorsqu’elles ne se dotent ni d’une doctrine claire ni d’une organisation capable d’inscrire le changement dans la durée.
C’est pourquoi ce congrès est historique.
Car il marque le passage du mouvement de rupture au parti de transformation historique. Autrement dit, révolutionnaire.
Notre responsabilité est désormais claire : organiser la souveraineté.
La souveraineté politique, sans souveraineté économique, n’est qu’un drapeau flottant sur la dépendance.
La souveraineté économique, sans justice sociale, devient le privilège de quelques-uns.
La souveraineté nationale, sans horizon panafricain, demeure fragile dans un monde dominé par les grands ensembles.
Voilà pourquoi notre matrice idéologique est un panafricanisme souverainiste de transformation démocratique. Nous nous inscrivons ainsi dans la continuité des grands combats intellectuels et politiques africains, de Cheikh Anta Diop à Amílcar Cabral et Kwame Nkrumah qui avaient compris que la souveraineté ne pouvait être ni seulement juridique ni seulement symbolique, mais devait être culturelle, économique et politique.
Le panafricanisme, parce que l’Afrique fragmentée reste vulnérable.
La souveraineté, parce qu’aucun peuple ne peut être libre quand d’autres décident à sa place.
La transformation, parce que les structures héritées de la domination ne disparaissent pas d’elles-mêmes.
La démocratie, parce que le peuple doit demeurer la source permanente de la légitimité politique.
Nous refusons deux impasses.
Nous refusons le réformisme tiède qui administre les dépendances sans les combattre.
Mais nous refusons également le volontarisme autoritaire qui prétend parler au nom du peuple tout en l’éloignant des décisions.
Notre voie est celle d’une révolution démocratique, populaire et souveraine.
Mais aucune transformation historique ne se réalise sans force sociale organisée. La révolution sénégalaise repose sur un bloc populaire en construction : cette jeunesse qui a refusé la résignation, ces travailleurs du secteur formel et informel qui produisent les richesses du pays sans toujours en recevoir les fruits, ces femmes qui portent les solidarités sociales et l’économie quotidienne, ces paysans, ces pêcheurs, ces artisans, ces enseignants, ces agents publics, ces sportifs, ces intellectuels, artistes, acteurs culturels, mais aussi ces spiritualités populaires qui continuent de structurer la société sénégalaise en profondeur : les femmes du bois sacré, les ndongo daara, les doomou jàngu bii, les héritiers des grandes traditions spirituelles et communautaires qui ont appris à notre peuple la dignité, la discipline, la solidarité, le partage et la résistance. Sans oublier cette diaspora qui continue d’aimer et de soutenir la patrie malgré la distance.
PASTEF-Les Patriotes ne doit jamais devenir un simple appareil électoral vivant au rythme des échéances politiques et des conquêtes institutionnelles.
Il est né d’une exigence plus profonde : organiser durablement la force populaire qui a rendu possible la rupture historique que connaît aujourd’hui le Sénégal.
Notre parti est un parti de masse. Il puise sa force dans son enracinement populaire, territorial et militant. Dans les quartiers, les villages, les universités, les lieux de travail, la diaspora, les cellules, les sections et les coordinations, il doit rester présent au cœur de la société réelle. Car une révolution ne se maintient pas uniquement depuis les sommets de l’État ; elle se construit et se protège dans l’organisation consciente du peuple.
Notre rôle n’est pas de nous substituer au peuple, mais de lui donner des instruments d’organisation, de formation et d’action. Amílcar Cabral rappelait que les mouvements de libération ne triomphent durablement que lorsqu’ils élèvent le niveau de conscience politique du peuple et transforment l’organisation en école de responsabilité historique.
Le parti doit donc être le levain de la révolution : cette force organisatrice qui relie les aspirations populaires à une stratégie de transformation durable.
Cela exige un parti discipliné, formateur et idéologiquement clair. Un parti capable de produire de la pensée, d’éclairer les choix nationaux, de former ses militants, d’éviter les dérives bureaucratiques et de maintenir le lien vivant entre l’État et le peuple. Car lorsqu’un parti révolutionnaire cesse de former, il commence à s’administrer lui-même ; et lorsqu’il cesse d’écouter le peuple, il commence à se détacher de l’histoire.
Chers congressistes,
La souveraineté exige un État stratège. Cette exigence prolonge une tradition sénégalaise ancienne, portée notamment par Mamadou Dia, qui avait compris très tôt qu’aucune souveraineté politique ne peut survivre durablement sans maîtrise de l’économie nationale.
Une économie productive.
Une administration efficace.
Une lutte implacable contre la corruption et les logiques de rente.
Une jeunesse formée et mobilisée.
Des femmes placées au cœur de la transformation nationale.
Une bataille culturelle pour décoloniser les imaginaires.
Un parti discipliné, enraciné et formateur.
Car un peuple sans organisation devient une colère dispersée. Et un parti sans doctrine devient un appareil sans direction.
Chers congressistes,
Chers frères et sœurs d’Afrique et du monde,
Votre présence parmi nous donne à ce congrès une portée qui dépasse les frontières du Sénégal. Car ce qui se joue aujourd’hui dans notre pays s’inscrit dans un moment historique plus large.
Le monde traverse une phase de basculement. L’ordre international hérité de la fin de la guerre froide se fragilise. Les certitudes du néolibéralisme vacillent. Les tensions géopolitiques se multiplient, tandis que les inégalités, les crises climatiques, migratoires et les logiques de prédation aggravent les fragilités des peuples du Sud.
Dans ce contexte, l’Afrique entre à son tour dans une nouvelle séquence historique. Partout montent des aspirations à la souveraineté, à la dignité, à la maîtrise des ressources et à la reconquête des capacités nationales. Les peuples africains refusent de plus en plus d’être des périphéries dépendantes dans un monde organisé sans eux et souvent contre eux. Cette aspiration rejoint le long combat mené par Cheikh Anta Diop pour restituer à l’Afrique sa centralité historique, scientifique et civilisationnelle.
Notre sous-région traverse des tensions profondes : crises sécuritaires, instabilités politiques, interventions extérieures, fragilisation économique et sociale. Mais au cœur même de ces turbulences émergent aussi de nouvelles interrogations sur l’avenir du continent, sur les formes de l’État, sur les modèles de développement et sur les conditions réelles de la souveraineté africaine.
Le Sénégal entend prendre toute sa place dans cette réflexion historique. Nous partageons avec les peuples africains la même aspiration à la souveraineté et à la dignité. Mais nous voulons également montrer qu’il est possible de porter une dynamique de rupture dans un cadre démocratique, populaire et institutionnel. Notre ambition est de contribuer à l’émergence d’une Afrique souveraine, stable, productive, solidaire et respectée dans un monde juste, prospère et de paix.
Oui, chers congressistes, notre révolution veut transformer profondément l’État. Elle veut conquérir la souveraineté sans fermer le Sénégal au monde. – elle veut remettre l’économie au service du peuple sans substituer une prédation nouvelle à l’ancienne. Elle veut réhabiliter le travail, la dignité et la justice sociale dans une société trop longtemps organisée autour de la dépendance et de la rente.
En vérité, aucune révolution n’avance en ligne droite. Toutes les expériences historiques de transformation ont connu leurs hésitations, leurs contradictions, leurs tentations de ralentissement, de recentrage ou de détournement une fois confrontées à l’exercice du pouvoir et aux tentatives inéluctables de restauration de l’ordre ancien. Il arrive parfois que certains, au sommet même de l’État, soient tentés de prendre de la distance avec la dynamique populaire qui les a portés, au nom de la stabilité, des équilibres institutionnels ou des contraintes du moment et, souvent, pour des raisons beaucoup plus obscures. Ce risque existe dans toute révolution, la nôtre n’en fait pas exception. Mais nous devons être clairs : la révolution sénégalaise ne repose pas sur des trajectoires individuelles ; elle repose sur un peuple, un parti, une mouvance, une conscience historique collective à travers une orientation stratégique. Et tant que PASTEF-Les Patriotes restera debout, tant que ses cadres, ses militants, ses élus et son bloc populaire resteront fidèles à la ligne de souveraineté et de transformation, la révolution ne déraillera pas.
Chers militants et militantes
Chers congressistes
Nous devons rester fidèles à ce qui nous a fait naître.
Depuis notre arrivée aux responsabilités, nous avons commencé à traduire cette orientation dans les faits. Non pas parfaitement. Non pas sans difficultés. Mais avec une ligne claire : remettre l’État au service du peuple et replacer la souveraineté au cœur de l’action publique.
Nous avons choisi la vérité plutôt que la dissimulation en révélant l’ampleur réelle de la situation financière héritée du passé. Nous avons engagé une politique de rationalisation de l’État et commencé à remettre la production, le travail et la souveraineté économique au centre des priorités nationales.
Nous avons adopté une ligne intransigeante pour la transparence dans la gestion publique, en luttant contre toutes les formes de corruption et pour la reddition des comptes, nonobstant les sabotages internes dictés par des calculs politiciens.
Nous avons également entrepris la renégociation de plusieurs contrats dans tous les secteurs et notamment minier, pétrolier et gazier afin que les ressources du Sénégal profitent davantage au peuple sénégalais. Car un pays ne peut parler de souveraineté lorsque ses richesses financent d’abord la prospérité des autres pendant que ses propres populations croulent sous l’endettement, la pauvreté et la précarité.
Nous avons accordé nos priorités aux véritables secteurs stratégiques pour une souveraineté agricole, alimentaire, énergétique, sécuritaire… plutôt qu’aux investissements de prestige.
Nous avons refusé les diktats exogènes et recouru à des mécanismes endogènes et citoyens de financement de nos politiques publiques pour faire face aux conséquences désastreuses des errements du passé récent.
Nous avons refusé de sacrifier le pouvoir d’achat du peuple, déjà durement éprouvé, sur l’autel d’un ajustement sauvage.
Nous avons commencé à réhabiliter notre mémoire nationale, à réinterroger nos dépendances et à replacer les intérêts du Sénégal au cœur des décisions publiques. Ce ne sont pas encore des aboutissements. Ce sont les premiers déplacements d’un État qui commence à sortir progressivement des logiques héritées de la dépendance.
PASTEF-Les Patriotes n’a pas été créé pour gérer l’ordre ancien avec des visages nouveaux ; ni à revendiquer un socle PASTEF sans PASTEF. La tendance à l’embourgeoisement, à s’éloigner du parti et du peuple ne doit pas prospérer.
PASTEF-Les Patriotes a été créé pour dépasser l’État postcolonial et reconstruire le Sénégal autour du travail, de la dignité, de la justice et de la souveraineté populaire.
Chères militantes, chers militants,
Congressistes,
De nouveau, nous ne devons jamais oublier le sacrifice de ceux grâce à qui ce moment historique a été rendu possible. Derrière cette victoire, derrière ce congrès, derrière cette espérance qui traverse aujourd’hui le Sénégal, il y a des sacrifices, des souffrances et des vies brisées.
Nous pensons à tous ceux qui ont été arrêtés, emprisonnés, blessés, humiliés pour leur engagement. Nous pensons à ces familles qui ont vécu l’angoisse des disparitions, des procès et de la répression. Mais nous pensons surtout à nos martyrs.
À ces jeunes tombés dans les manifestations, souvent au seuil de leur vie, parce qu’ils avaient décidé de refuser l’injustice, le mépris et la confiscation de leur avenir. Ils ne demandaient ni privilèges ni faveurs. Ils demandaient simplement le droit de vivre libres et dignes dans leur propre pays.
Leur mémoire doit nous obliger. Nous n’avons pas le droit de trahir leur espérance en transformant cette révolution en routine administrative, en compromis de confort ou en simple alternance politique. Car le sang versé par un peuple crée une responsabilité historique. Car une révolution qui oublie ses martyrs finit toujours par oublier son peuple.
Chères sœurs, chers frères
Nous ne menons pas ce combat pour le seul plaisir des mots ou des symboles. Nous le menons pour construire un Sénégal nouveau. Un Sénégal où aucun jeune ne sera condamné à choisir entre le chômage, l’exil ou le désespoir. Un Sénégal où les richesses tirées de notre sous-sol et de nos mers financeront les écoles, les universités, les hôpitaux, les infrastructures et la recherche plutôt que les privilèges d’une minorité ou la prospérité d’intérêts extérieurs.
Notre ambition est de bâtir un pays où le paysan vit dignement de la terre, où les ressources halieutiques sont préservées pour nos pêcheurs, et où le génie de nos artisans et entrepreneurs patriotes transforme et crée la richesse sur place. Un Sénégal où le diplôme ne conduira plus à l’humiliation sociale, où l’école formera des citoyens confiants dans leur histoire et capables d’inventer leur avenir.
Nous voulons un Sénégal où les femmes seront pleinement reconnues comme des forces centrales de la transformation nationale, où les jeunes auront accès au savoir, à la culture, au travail et à la responsabilité. Un Sénégal où l’administration servira le citoyen avec efficacité et dignité, où la justice inspirera confiance, où la corruption cessera d’être perçue comme une fatalité.
Nous voulons enfin un Sénégal réconcilié avec lui-même, fier de ses langues, de ses cultures, de ses spiritualités et de son histoire ; un Sénégal capable de dialoguer avec le monde sans se renier, de coopérer sans se soumettre, et d’avancer vers l’avenir sans tourner le dos à l’Afrique.
Nous sommes à un tournant de l’histoire.
Les générations futures nous demanderont si nous avons eu le courage d’aller jusqu’au bout.
Car le plus difficile n’est pas toujours de conquérir le pouvoir.
Le plus difficile est de rester fidèle à la mission pour laquelle le peuple vous l’a confié.
Nous n’avons pas le droit de devenir une élite de remplacement. Ces bourgeoisies nationales qui remplacent la domination sans transformer les structures qui la produisent.
Nous n’avons pas le droit de transformer la révolution en carrière.
Nous n’avons pas le droit de laisser la prudence devenir un autre nom du renoncement.
Nous devons garder vivant ce qui a porté notre combat : le jom, le ngor, le burok, le kersa, le sens du mbokk, le teddungal, la teranga,
Le Sénégal attend de nous des résultats.
L’Afrique attend de nous un exemple.
Le monde attend notre contribution.
Et le peuple attend de nous une fidélité.
Alors je vous le dis :
Restons debout.
Restons cohérents.
Restons dignes de ce peuple immense.
Car une fois qu’un peuple a entrevu la possibilité de sa souveraineté, il ne l’oublie plus jamais.
Organisons la souveraineté.
Transformons l’État.
Servons le peuple.
Et faisons entrer définitivement le Sénégal dans le temps de sa liberté historique.
Je vous dis MERCI
Diamniadio, Samedi 06 juin 2026

