Depuis 2019 le Sénégal vit les moments les plus complexes de son histoire. Entre la conquête du pouvoir par l’opposition et la volonté de le conserver par le régime d’alors, des violences verbales et physiques inédites ont structuré et rythmé la vie sociale.
Chaque camp a vécu et vit ses propres émotions. Le citoyen lambda a vécu et vit les siennes. Ce qui est factuel, ce sont les acteurs qui ont changé mais les actes et les discours persistent avec plus d’intensité voire de radicalité : insultes, arrogance, haine, emprisonnements excessifs, sentiment de vengeance et de Justice à géométrie variable, l’impératif de respecter les institutions, dénonciations à tort ou à raison de scandales financiers, bref du déjà entendu et vu, du sur place institutionnalisé.
Nous avons appris et su comment nous détester, comment nous déshumaniser. Au pays de la Téranga !
En 1953, Jacques BREL dans l’une de ses premières compositions « La Bastille » dit à ses deux amis :
« Mon ami qui crois que tout doit changer, te crois-tu le droit d’aller tuer les bourgeois ? Si tu crois qu’il nous faut descendre dans le creux des rues pour monter au pouvoir. Si tu crois au rêve du grand soir et que nos ennemis il faut aller les pendre »
« Mon ami qui crois que rien ne doit changer, te crois-tu le droit de penser et de vivre en bourgeois ?
Si tu crois encore qu’il faut défendre un bonheur acquis au prix d’autres bonheurs. Si tu crois encore parce qu’ils ont peur que les gens te saluent plutôt que de te pendre »
A chacun d’eux, il conseille :
« Dis-le-toi désormais même s’il est sincère, aucun rêve jamais ne mérite aucune guerre. On a détruit la Bastille, ça n’a rien arrangé. On a détruit la Bastille quand il fallait nous aimer.
Mon ami, je crois que tout peut s’arranger sans cri, sans effroi, sans insulter les bourgeois.
L’avenir dépend des révolutionnaires, mais se moque bien des petits révoltés. L’avenir ne veut ni feu ni sang ni guerre. Ne sois pas de ceux-là qui vont nous l’apporter ».
Quand est-ce que réapprendrons-nous à nous aimer au Sénégal, à marcher ensemble ,mains tendues sans être ferm pour ne pas dire plus tard comme BREL « Ne pourrait-on pas s’aimer » ?
Alassane Raan MBENGUE – Inspecteur l’enseignement moyen et secondaire à la retraite Mbour- (221) 78 487 36 48

