Dans un contexte de bouleversements technologiques et de mutation rapide des systèmes éducatifs, le ministre de l’Éducation nationale, Moustapha Mamba Guirassy, a lancé un appel fort à la transformation de l’école africaine à travers une vision ancrée dans nos réalités, lors de la réunion de la commission mixte du Parlement de la CEDEAO à Dakar.
« L’école ne doit plus seulement refléter le monde. Elle doit l’inventer », a déclaré le ministre, dans un discours vibrant mêlant lucidité, audace et engagement régional. Devant les parlementaires ouest-africains, il a mis en garde contre la tentation de suivre aveuglément les innovations technologiques sans réflexion critique, soulignant l’urgence de forger des politiques éducatives qui placent l’humain, la souveraineté et l’équité au centre.
Le numérique comme levier de justice éducative
Revenant sur la stratégie du Sénégal, le ministre a présenté le New Deal technologique et la Stratégie du Numérique pour l’Éducation 2025–2029 comme des réponses concrètes aux défis contemporains. Deux chantiers qui mobilisent plus de 131 milliards de FCFA, pour transformer la manière d’enseigner, d’apprendre, de piloter le système éducatif.
Des plateformes comme SENPROF ou encore les performances remarquables de l’Université numérique Cheikh Hamidou Kane (plus de 73 000 étudiants) illustrent l’ambition du Sénégal de devenir un acteur régional du numérique éducatif.
Mais au-delà des outils, c’est une vision qu’il défend : celle d’une école enracinée dans les valeurs africaines et spirituelles, préparée aux défis globaux, mais souveraine dans ses choix.
Un appel à un pacte régional pour l’éducation
Conscient que les défis dépassent les frontières, Moustapha Guirassy a proposé la mise en place d’un Pacte ouest-africain pour une éducation numérique souveraine, fondé sur six piliers structurants : charte éthique, mutualisation des ressources en langues africaines, formation des enseignants, création d’un réseau régional de compétences, financement ciblé et gouvernance des données.
Ce pacte se veut une réponse partagée à des problèmes communs : fracture numérique, inégalités d’accès, absence de contenus locaux, dépendance technologique.
Un rôle clé pour les parlementaires
« Être parlementaire, ce n’est pas seulement parler. C’est agir. » Le ministre a rappelé aux élus leur responsabilité dans l’orientation des politiques éducatives, insistant sur la nécessité d’une écoute active, d’une compréhension fine des enjeux et d’une prise de décision éclairée.
Il a également insisté sur le rôle des parlementaires comme pionniers d’un plaidoyer intergénérationnel, capables de défendre l’école comme levier de transformation sociale, économique et culturelle à l’horizon 2030, 2063 et 2050.
Un discours aux allures de manifeste éducatif
Le discours du ministre a résonné comme un manifeste pour une refondation de l’éducation africaine, mêlant mémoire, exigence et projection. Il a salué l’héritage des pères fondateurs de la CEDEAO, appelant à bâtir une diplomatie éducative ancrée dans l’histoire, la culture et la solidarité.
À l’heure où le continent est confronté à de nouveaux défis, Moustapha Guirassy se positionne clairement : le numérique ne doit pas être une fin, mais un moyen. Et l’éducation, le cœur battant d’un projet collectif.

