Remise du rapport du Dialogue national sur le système politique : Le discours intégral du Dr Cheikh Guèye, facilitateur général

Remise du rapport du Dialogue national sur le système politique : Le discours intégral du Dr Cheikh Guèye, facilitateur général

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Excellence, Monsieur le Président de la République Bassirou Diomaye Diakhar Faye, 

Mr Le Ministre de l’intérieur et de la sécurité publique,
Mesdames, Messieurs les membres du Gouvernement,
Mesdames, Messieurs les représentants des institutions de la République,   

Chers membres éminents du Directoire,
Distingués invités, chers compatriotes,


Excellence, ce lundi 14 juillet 2025, ici dans ce Palais vers lequel se tournent tous les regards et les espoirs des sénégalaises et des sénégalais, devant votre haute distinction, Monsieur le Président de la République, je suis parcouru par un sentiment particulier, celle d’un modeste serviteur de son pays que vous avez bien voulu choisir parmi tant d’autres pour faciliter le dialogue national sur le système politique dans un contexte de refondation attendue depuis des générations. Je vous renouvelle mes remerciements et ma profonde gratitude pour cette confiance. Je peux sans prendre le risque de me tromper que ce même sentiment traverse chaque membre du Directoire ici présent. 

Au-delà de la confiance, vous nous avez accompagné tous les jours en étant très attentionné à notre égard et en mobilisant tout votre cabinet et tout votre gouvernement pour le confort des participants, la flexibilité et l’ouverture des champs couverts, et pour la réussite de ce grand DIISOO national sur le système politique. 

Je rends hommage aux acteurs politiques de tous bords, qui, malgré les antagonismes, ont placé l’intérêt supérieur de la Nation au-dessus des calculs partisans. 

Remerciements appuyés à tous les segments de la société

Je remercie les guides religieux et coutumiers, qui ont prié pour le succès du dialogue et inspiré la sérénité et la hauteur de vue des acteurs. Je félicite la société civile, les syndicats, les universitaires, les médias, les femmes, les jeunes, et tous les bâtisseurs et soutiens anonymes de ce dialogue. 

Je remercie spécialement tous les membres du brillant directoire qui a été mis en place par le Président de la République et qui a dirigé ce dialogue de main de maitre. Ils ont réussi à travers leur calme, leur sérénité, leur bienveillance, leur compétence et leur patriotisme à faire adhérer toutes les parties prenantes à l’esprit du dialogue et à la volonté exprimée par le chef de l’État de refonder le système politique autour de consensus durables. 

« La trace d’un moment suspendu mais intense »

Excellence, Mr le Président de la République, Nous sommes ici, pour remettre entre vos mains de Président d’un pays béni, un souffle venu de tous les coins du Sénégal. Un souffle fait de paroles échangées, de convictions parfois opposées, mais toujours animées par une même foi : celle de refonder notre démocratie sur des bases nouvelles, solides et inclusives.

Nous vous remettons aujourd’hui le rapport du Dialogue national sur le système politique, fruit d’un labeur collectif, modeste dans sa forme, mais immense dans ce qu’il symbolise. Ce rapport est la trace d’un moment suspendu mais intense, où la République, dans sa diversité, a pris le temps de s’écouter elle-même. 

Ce que vous avez ensemencé à travers ce dialogue est une graine d’espérance et de renouveau pour une réconciliation nationale, une mobilisation de toutes les forces vives de notre pays vers le développement et la stabilité si enviée au Sénégal et si nécessaire pour l’investissement et l’entreprenariat.

Monsieur le Président,

Lorsque vous avez lancé cet appel à la Nation pour revisiter notre système politique, vous avez ouvert un chantier essentiel. Vous avez appelé non pas à un simple ajustement institutionnel, mais à une refondation, une réinvention lucide de notre vivre-ensemble démocratique.

« Ce dialogue est une belle réussite »

Ce dialogue a été, dans cette perspective, un grand moment de respiration civique. Nous y avons interrogé nos lois, nos institutions, nos pratiques, nos conflictualités et leurs déterminants profonds. Nous avons mis en débat les fondements même de notre pacte républicain. Trois commissions – sur la démocratie, les libertés et les droits humains, sur le processus électoral, et sur les réformes institutionnelles – ont porté, avec sérieux et engagement, cette œuvre commune. 

Ce dialogue a été une réussite. Des compromis ont été trouvés, des désaccords assumés, mais surtout, un socle de consensus a émergé. Ce socle, nous vous le transmettons aujourd’hui avec la conviction que vous lui donnerez corps. Il appartient également à l’ensemble des institutions de la République mais aussi aux citoyennes et citoyens, de s’en approprier pour bâtir un Sénégal plus juste, plus inclusif et plus démocratique. 

Nous avons été plus de 700 à avoir participé à ce dialogue en présentiel, un chiffre exceptionnel pour un dialogue national mais normal pour un dialogue que vous avez voulu très inclusif. Une diversité inédite a également été notée dans la participation. 

L’envoi des Termes De Référence un mois et demi avant le dialogue a constitué une démarche d’ouverture et de générosité. Les jeunes et la diaspora ont largement participé à distance en exprimant leurs opinions sur les différents points du dialogue à travers la plateforme jubbanti. Les autres forces vives de la nation se sont identifiées plus que jamais à la démarche et remis en question les certitudes faciles et le confort de l’en-soi politique. 

« Le temps d’assainir son système politique »

Ce rapport contient un message puissant : le temps est venu pour le Sénégal d’assainir son système politique, de le rendre plus éthique, plus transparent, plus inclusif. 

Au-delà des chiffres et pourcentages de convergence, la qualité des points d’accord et leur importance dans la trajectoire positive de notre démocratie sont indéniables. Beaucoup d’entre eux ont été des points de crispation qui ont généré dans un passé récent des postures politiciennes et des conflits violents. D’autres représentent des innovations majeures qui dessinent une modernisation de notre système politique. Au demeurant, les accords obtenus quoi qu’essentiels, restent sur les principes et requièrent un approfondissement technique et une appropriation politique et sociale qui leur garantissent leur durabilité. 

Monsieur le Président de la République,

L’histoire d’un peuple se mesure à sa capacité à surmonter les épreuves qu’il traverse, mais aussi à se réconcilier, à se parler et à rêver ensemble d’un avenir plus juste, plus libre, plus digne. Le peuple vous a élu pour incarner cette rupture espérée. Vous avez offert à la Nation toute entière à travers ce dialogue une occasion unique de prendre part à sa propre refondation. Ce que nous vous remettons aujourd’hui, c’est plus qu’un rapport : c’est un levier de transformation, un acte de foi dans la République, un appel à l’audace réformatrice.

Nous savons que vous serez le Président qui inaugurera un nouveau cycle démocratique, un cycle où l’État retrouve sa légitimité par l’exemplarité, où la politique redevient service et non rente,
où la démocratie n’est plus seulement un cadre juridique, mais une promesse de justice sociale et de dignité humaine.

A la suite du Rapporteur Général, je voudrais rassurer tous les participants au dialogue, notamment les acteurs politiques qui nous ont fait confiance dans la conduite des travaux : ce rapport présente entièrement les accords et les désaccords notés tels que restitués durant la cérémonie de clôture.

Je souligne les recommandations formulées pour la suite du dialogue

La mise en œuvre des dix-huit (18) recommandations sus-relevées dans le Rapport nécessite, pour certaines, la révision de la Constitution et, pour d’autres, la refonte du code électoral, la modification de textes de lois en vigueur ou encore l’abrogation et l’adoption d’une nouvelle législation ainsi que l’adoption des textes réglementaires portant application des lois précitées.. 

Ainsi, les mesures préalables à toute réforme, ci-dessous, sont préconisées pour mettre en œuvre les recommandations mais aussi pour garantir la continuité de la réflexion, notamment en ce qui concerne les points nécessitant plus d’approfondissement. 

A. Pour la consolidation des conclusions issues des commissions 

Recommandation n° 19 – Mandater un comité technique restreint ad-hoc chargé de : 

  • –  rédiger tous les projets de textes (projet de révision constitutionnelle, révision du code électoral, projets de lois et de décrets) relatifs à la mise en œuvre des recommandations issues des discussions ; 
  • –  évaluer les implications techniques, budgétaires et institutionnelles des reformes. 

Recommandation n° 20 – Réviser la Constitution : 

– modifier l’article 38 de la Constitution en vue de consacrer l’incompatibilité de la fonction de chef de l’Etat avec celle de chef de parti ; 

– consacrer l’incompatibilité de membre de Gouvernement et chef d’exécutif territorial en modifiant l’article 54 de la Constitution. 

Recommandation n° 21 – Réviser le Code électoral : 

  • –  passer en revue toutes les dispositions du Code électoral qui doivent faire l’objet de modification conformément aux recommandations ; 
  • –  intégrer les attributions du nouvel organe de gestion des élections ; 
  • –  prendre en compte dans cette refonte les élections anticipées ; 
  • –  mettre en cohérence le nouveau code électoral et la législation modifiée sur les partis politiques. 

Recommandation n° 22 – Adopter une loi organique sur le nouvel organe indépendant de gestion des élections. 

B. Pour la gouvernance transparente et inclusive du processus de réforme 

Recommandation n° 23 – Prévoir une période transitoire pour tester les dispositifs nouveaux. 

Recommandation n° 24 – Garantir que toute réforme soit accompagnée d’une évaluation indépendante de ses effets. 

Recommandation n° 25 – Poursuivre la réflexion sur la saisine directe du juge constitutionnel par les citoyens. 

Recommandation n° 26 – Elargir le cadre de réflexion avant la mise en place d’un nouvel organe de régulation des médias. 

Recommandation n° 27 – Différer le débat sur le vote par procuration au prochain dialogue ou à la prochaine concertation. 

Excellence Mr le Président de la République, ce dialogue a révélé une attente forte, partagée, presque unanime : rompre avec la captation du pouvoir par l’argent, dénoncer les logiques opaques de financement, mettre fin aux pratiques clientélistes qui minent la crédibilité de la démocratie.

Nous avons entendu les voix qui s’élèvent pour libérer l’espace politique de la domination financière, pour protéger notre démocratie des dérives marchandes, pour faire émerger une classe politique au service de l’intérêt général, et non soumise aux calculs financiers.

Mais la refondation ne peut réussir sans un changement profond de paradigme : elle appelle un nouvel acteur central, longtemps relégué – le citoyen.

Le citoyen sénégalais ne peut plus être un simple spectateur de la démocratie, convoqué tous les cinq ans pour légitimer un système dont il est exclu. Il doit devenir vigie, moteur et conscience du changement.
C’est pourquoi le dialogue a fortement insisté sur la nécessité de renforcer la participation citoyenne : dans le contrôle de l’action publique, dans l’élaboration des politiques, dans l’évaluation des mandats. Il ne peut y avoir de démocratie vivante sans citoyenneté active, éclairée et exigeante.

L’avenir de notre démocratie dépendra de notre capacité collective à changer les règles du jeu mais aussi à changer la culture politique, à faire de la transparence, de l’exemplarité, de la responsabilité, non des slogans, mais des fondations vivantes de la République.

Ce dialogue a été une thérapie contre les rancœurs, les crispations et les violences qui nous l’espérons, laisseront désormais la place à l’apaisement durable, le juboo et le Jammoo qui font briller d’un nouveau jour notre pays dans le concert africain et mondial.
Il portera, en son cœur, la trace indélébile d’un peuple qui a su, une fois encore, prouver sa maturité, sa grandeur, sa capacité à se réinventer.

La parole a été dite. Le moment est venu d’agir. Ensemble !
Pour un Sénégal réconcilié avec ses valeurs profondes,
Pour un pays qui ose repenser son avenir à hauteur de peuple et avec le peuple dans le cadre d’une révolution tranquille,
Pour une démocratie debout, vivante, et fidèle à la noblesse de ses origines.

Que Dieu bénisse le Sénégal.
Que vive la République.
Que vive la démocratie citoyenne, éthique et souveraine.

Je vous remercie

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