
La Française Marine Le Pen a été reconnue coupable d’avoir détourné des fonds européens pour financer son parti d’extrême droite, le Rassemblement national (RN), dans une affaire qui pourrait lui interdire de se présenter à l’élection présidentielle de 2027.
Le juge n’a pas encore indiqué la peine qui sera prononcée.
L’année dernière, les procureurs ont déclaré que la sanction de Mme Le Pen ne devrait pas se limiter à une amende de 300 000 euros (250 000 livres sterling) et à une peine de prison, mais qu’elle devrait également être frappée d’une interdiction de se présenter à des fonctions publiques pendant cinq ans.
Il a ajouté que l’inéligibilité devait prendre effet immédiatement et ne pas être suspendue dans l’attente de l’appel que Marine Le Pen devrait interjeter si elle est condamnée.
Les juges pourraient également décider de ne pas imposer d’inéligibilité automatique à la suite de sa condamnation, ce qui la laisserait libre de se présenter en 2027 au cours d’une procédure d’appel.
Le tribunal pourrait également lui accorder une période d’inéligibilité automatique plus courte, d’un an par exemple, ce qui lui permettrait de se présenter.
Mme Le Pen a été accusée, avec plus de 20 autres personnalités du parti, d’avoir embauché des assistants qui travaillaient pour son parti RN plutôt que pour le Parlement européen, qui les rémunérait.
Au cours du procès l’année dernière, Mme Le Pen a nié avoir commis « la moindre irrégularité ».
La lecture du verdict, qui a commencé peu après 10h00 (09h00 BST), devrait durer jusqu’à deux heures.
“Ma mort politique”
Les trois juges ne sont pas obligés de suivre les recommandations du procureur.
Mais s’ils le font, cela signifierait que Mme Le Pen, âgée de 56 ans, ne pourra pas se présenter à une élection présidentielle dont elle est pressentie comme la gagnante potentielle.
« C’est ma mort politique qu’ils veulent », a-t-elle déclaré en novembre.
De nombreux commentateurs français – et pas seulement ceux qui soutiennent Mme Le Pen – ont mis en garde contre les graves conséquences pour la démocratie d’une ingérence du pouvoir judiciaire dans le choix du dirigeant du pays.
« La justice a le destin de Marine Le Pen entre ses mains… Qu’elle soit condamnée pour des faits répréhensibles est tout à fait normal. Mais l’empêcher de se présenter à l’élection présidentielle, c’est une autre affaire », écrit Franz-Olivier Giesbert, analyste chevronné, dans le magazine de centre-droit Le Point.
« N’est-il pas hasardeux – pour ne pas dire périlleux – de confier à des juges le soin de déterminer si tel ou tel candidat a la capacité de se présenter à une élection ? », a déclaré Bruno Jeudi, rédacteur en chef du journal La Tribune Dimanche.
Marine Le Pen a déclaré au même journal : « Personnellement, je ne suis pas nerveuse. Mais je comprends que l’on puisse penser que je le suis. Les juges ont un pouvoir de vie ou de mort sur le mouvement. Mais je ne pense pas qu’ils iront jusqu’à le faire ».
Plusieurs scénarios pour le verdict sont à l’étude.
Quatre voies possibles
Tout d’abord, Mme Le Pen pourrait être blanchie dans l’affaire de l’argent du Parlement européen. Cette hypothèse est largement considérée comme improbable.
Deuxièmement, les juges pourraient la condamner mais rendre l’inéligibilité non automatique. Dans ce cas, elle ferait immédiatement appel et l’inéligibilité ne s’appliquerait qu’après un second procès (et éventuellement un troisième devant la haute cour d’appel).
Elle serait alors libre de se présenter en 2027, mais avec le handicap d’une condamnation pour détournement de fonds publics. Toutefois, il est loin d’être évident qu’une condamnation puisse nuire à sa cause, compte tenu de la série de scandales liés au financement des partis qui ont affecté tous les partis français au fil des ans.
Troisièmement, les juges pourraient suivre le procureur et ordonner l’inéligibilité automatique. Dans ce cas, elle ferait appel et les autres parties de la peine (amende et prison) seraient suspendues. Toutefois, elle ne pourrait pas se présenter en 2027.
Quatrièmement, le tribunal pourrait lui accorder une peine d’inéligibilité automatique plus courte, par exemple d’un an, ce qui lui permettrait théoriquement de se présenter.
En 2027, Marine Le Pen se présenterait pour la quatrième fois à l’élection présidentielle, et c’est celle qui lui offre le plus de chances de l’emporter.
Un sondage publié dimanche dans le journal de droite JDD lui attribue entre 34 et 37 % des voix au premier tour, loin devant tous ses rivaux potentiels.
Lors des deux dernières présidentielles, elle a été victime du système à deux tours qui a permis aux opposants de gauche, du centre et de droite de se rallier à un seul candidat – Emmanuel Macron – pour l’écarter du pouvoir.
Mais des années de « désintoxication » après qu’elle a éclipsé son père Jean-Marie Le Pen à la tête du parti ont rendu le vote anti-RN beaucoup moins cohérent qu’auparavant, tandis que les victoires de l’extrême droite dans d’autres pays ont contribué à lever le tabou d’un gouvernement RN.
Si Mme Le Pen n’est pas autorisée à se présenter, son remplaçant logique serait Jordan Bardella, le président du parti âgé de 29 ans, qui était pressenti pour devenir son éventuel premier ministre.
Cependant, les initiés du parti admettent qu’il y a eu peu de préparation interne à ce qui serait largement perçu comme un énorme et déstabilisant tremblement de terre politique.
Le fait que Mme Le Pen soit déclarée incapable de se présenter en 2027 pourrait notamment avoir pour conséquence d’affaiblir encore davantage le gouvernement minoritaire français du Premier ministre François Bayrou. Avec 120 députés à l’Assemblée nationale, le RN a le pouvoir de voter avec la gauche dans le cadre d’une motion de censure visant à faire tomber le gouvernement.
Jusqu’à présent, Marine Le Pen a retenu ses troupes. Elle pourrait être moins encline à le faire si elle s’estime victime d’un coup monté de l’establishment.
BBC
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