
D’une superficie de 30 415 873 km2 soit 6% de la surface de la terre et 20% de la surface des terres émergées. C’est la troisième derrière l’Amérique et l’Asie. La population est de 1,537 529 678 milliards d’habitants, en 2024, soit 18,3% de la population mondiale, derrière l’Asie. La densité de la population est de 51 hbts/km2.
Comme on peut le constater, le continent est sous-peuplé, contrairement aux opinions des maîtres-penseurs. Une population très jeune : l’âge médian est de 19,3 ans[i].
L’Afrique est un contraste de climats et de végétations mais d’une manière générale favorable à l’agriculture, avec la fertilité des sols. Même s’il y a une diminution de la pluviométrie, certains Etats mettent plus d’accents, à l’époque actuelle, sur la politique de l’eau.
Elle compte près de 600 millions d’hectares de terres arables non cultivées, soit 60% du total du monde. D’où une course mondiale vers les terres africaines. Evidemment, elle est devenue une zone de convergence de toutes les grandes puissances de la planète.
Malgré cette potentialité, presque la totalité des pays africains continuent à importer des produits alimentaires, particulièrement le riz ; la raison, c’est parce qu’ils négligent l’agriculture et refusent de s’industrialiser.
Il est incontestable que la croissance démographique de l’Afrique est fulgurante mais ceci n’est pas un obstacle, c’est plutôt un atout. Son PIB s’élève à 2,8 milliards de dollars, en 2024, à savoir la production économique combinée de ses habitants. La croissance du PIB est de 3,2% en 2024[ii]. Mais, la plaie est ailleurs ; elle est dans les choix politiques. Car l’Afrique est très riche en ressources minières : le pétrole, le gaz, la bauxite, l’uranium, l’or, le diamant, etc. mais reste très pauvre.
Pourtant, les recettes de celles-ci auraient pu être utilisées pour investir dans l’agriculture et l’élevage pour atteindre l’autosuffisance en céréales, légumes et fruits.
L’Afrique, de manière générale, est un scandale géologique. La RDC[iii]possède plus de 50 gisements de minerais et une douzaine seulement est exploitée[iv]. Le Mali, riche en or. Le Niger en uranium. Le pétrole du Nigeria. Le pétrole et gaz du Sénégal, aussi, l’or, le fer, le lithium[v].
Cette terre est riche mais sa richesse ne profite pas à ses habitants. Cependant un espoir semble naître avec cette nouvelle génération de dirigeants décomplexés qui ont l’air de dire au monde « Africa first ». L’Afrique aux Africains d’abord !
Le réveil des peuples africains les soutenant grâce à l’accès rapide à l’information va jouer un rôle considérable dans le processus de reconquête du continent. En effet, avec l’installation des régimes démocratiques, car issus de la volonté populaire, ou l’irruption d’une nouvelle génération d’officiers, tout ceci peut créer un jeu politique d’un autre type[vi].
Il est donc fondamental de revoir les termes d’échanges : depuis les indépendances, les échanges ont toujours été inégaux, et les monnaies gérées et contrôlées ailleurs (le cas du franc CFA). Cette détérioration des termes d’échanges doit prendre fin pour (re)partir sur un partenariat juste et honnête. C’est un impératif, qui plus est, ouvre des portes à un marché de près de 1,6 milliards de consommateurs, le deuxième mondial.
Les grands de ce monde se bousculent aux portes de l’Afrique. Mais qui pour avoir la confiance des Etats africains ? la Chine a bien planté ses racines étape par étape, pendant que la Russie est dans une opération de raviver ses relations d’ancienne puissance ayant soutenu des guerres de libérations nationales en Afrique. De l’autre côté, l’UE (à sa tête, la France) et les Etats-Unis engagent une guerre médiatique, pour ne pas dire froide, contre leurs concurrents directs. Or, la stratégie était de revoir leur manière de procéder depuis fort longtemps. Car la jeunesse africaine s’assume, désormais. Ce n’est pas en accusant la Russie de manipuler les Etats africains que l’occident pourra faire renaitre la confiance de l’Afrique à leur égard.
Le gagnant sera celui qui aura compris que l’Afrique exige d’être traitée avec respect, considération, honneur et dignité ; elle défend, dorénavant, ses intérêts bec et ongle. En d’autres termes, le partenaire gagnant est celui qui prend en compte les intérêts des Africains dans son ensemble.
L’Afrique n’est-elle pas donc devenue le nouveau centre du monde ?
Le concept va inéluctablement s’imposer comme l’a été « l’Indo-Pacifique, nouveau centre du monde » étant le lieu d’échanges incontournable des grandes puissances car on ne peut pas avoir ce potentiel économique et le deuxième marché de consommateurs au monde et être méprisé.
Quoi qu’il en soit, c’est aux Africains de faire de l’Afrique ce qu’elle sera. Plus que jamais, le continent suscite la convoitise de tous, donc s’il est uni, dussé-je, il aura une place considérable dans la redéfinition du NOEM[vii]. Si l’Afrique s’organise, elle pourrait devenir une zone d’immigration dans les années à venir parce qu’elle aura besoin de construire. De ce fait, elle ne va plus brader ses richesses ou laisser à ceux-là qui prétendaient être venus la « sauver » de s’en emparer.
Le continent est conscient qu’il est devenu une zone de rivalités croissantes sur les plans économique, diplomatique, voire culturel. Le système mondial dominé par les pays riches, pour ne pas dire le capitalisme, ne va ménager aucun effort pour maintenir sa suprématie.
L’histoire doit servir de leçon ou d’expérience. Le continent africain qui avait pourtant dépassé certains pays asiatiques aux heures des indépendances est aujourd’hui très loin derrière eux. En effet, vers le début des années 90, l’instauration de la démocratie et la bonne gestion des deniers publics leur ont permis de poser des jalons de l’émergence. « Les dragons asiatiques »[viii] ont atteint aujourd’hui le niveau des pays développés. Même « les bébés tigres »[ix] ont un niveau de vie plus élevé que, presque, celui des pays africains.
S’ils sont parvenus à ce stade c’est parce qu’ils ont préservé leur souveraineté et opté pour la bonne gouvernance. Les Etats africains doivent s’en inspirer et s’affranchir totalement du joug occidental !
C’est dire, conséquemment, que l’Afrique a encore du chemin à parcourir même s’il y a une lueur d’espoir mais pour que cette lueur devienne lumière il faudrait éradiquer les microbes, les mauvaises pratiques qui gangrènent son corps déjà fébrile.
Ailleurs, on dit que si un pays africain est riche en matières premières ou minières, cela est une malédiction, et en Afrique on accepte ; on accepte parce que même s’il n’y a pas de problèmes on en crée. On accepte parce qu’il y a quelques écervelés qui acceptent d’être manipulés de l’extérieur, d’être des marionnettes d’un gang tapis dans l’ombre pour servir leurs intérêts.
Devons-nous, Africains, continuer à admettre que nous sommes moins intelligents que les autres parce que nous sommes Africains, que nous n’avons pas le droit de jouir de nos propres richesses ?
Ceux-là qui agissent pour le compte de l’étranger sont-ils réellement des patriotes ? De toutes les manières, on ne peut pas dire qu’ils ne sont pas cupides ! Quelle grille d’analyse peut-on, alors, construire pour expliquer que c’est seulement dans les pays africains regorgeant des minerais que l’on voit des guerres fratricides ?
On me rétorquera que la guerre civile au Soudan a plus de relents ethniques et religieux mais elle n’échappe pas aux facteurs d’accès aux ressources naturelles comme le pétrole et l’or. On m’objectera qu’il y a des guerres hors d’Afrique pour l’accès aux richesses naturelles. Et dans cette dernière objection, je dirais que c’est très souvent entre Etats, et non un conflit interne.
Alors, quand l’Afrique acceptera que les guerres menées sur son territoire ne profitent qu’aux « donneurs de leçon », en ce moment-là, elle ne souffrira plus des guerres civiles orchestrées de l’étranger. Elle mettra fin aux voyages périlleux de ses fils qui finissent dans les profondeurs de l’océan Atlantique. Elle mettra, désormais, l’accent sur le développement et le bien-être de ses populations.
Ainsi, quand la RDC a commencé à contrôler ses ressources minières[x] parce qu’elles étaient cédées à vil prix, pour ne pas dire gratuitement aux puissances occidentales, celles-ci ont trouvé un « traitre » en la personne du Président Ougandais, Yoweri Museveni, pour faire le sale boulot, Laurent D. Kabila servant de couverture. Et lui-même sera éliminé parce qu’il avait commencé à « pousser des ailes » ; il a oublié qu’il n’avait pas été porté au pouvoir pour défendre les intérêts du peuple congolais.
Il est important de rappeler que le génocide des Tutsis au Rwanda, en 1994, est à l’origine de la situation qui prévaut aujourd’hui au nord et au sud Kivu. Ces réfugiés rwandais ont pris part à la rébellion du M23[xi] majoritairement tutsi. Les Banyamulenges (tutsi congolais) justifient leur rébellion par la discrimination qu’ils subissent au sein de la société, et même dans l’armée. Quand le tombeur de Mobutu accéda au pouvoir, le 17 mai 1997, le Congo était déjà envahi par ces réfugiés.
Mais si le Rwanda de Kagamé n’était pas impliqué dans le conflit, peut-être que la RDC aurait trouvé une issue heureuse de cette guerre. Voilà qu’en 2021, la rébellion M23 a déclenché de nouvelles hostilités, dans le nord Kivu avec le soutien du Président rwandais.
C’est une flagrance d’affirmer que cette guerre fratricide profite aux puissances étrangères qu’aux Congolais. Or, pendant que l’on se fait la guerre, les commanditaires exploitent les richesses. Et toutes les parties belligérantes sont les grandes perdantes. Alors, est-ce vrai que certains Africains sont encore « de grands enfants » ?
D’autres questions ne peuvent pas ne pas être posées. Qu’est-ce qui peut expliquer le silence des Nations unies face à cette tragédie ? Qui est derrière le Rwanda de Kagamé ? Pourquoi les pays africains n’arrivent pas à s’entendre pour sanctionner l’agresseur ?
Revenons à l’ONU ! La réalité est qu’elle voit le coupable mais elle ne veut pas voir des cadavres des innocents, des cadavres des enfants et des femmes, parce que ce qui est primordial à ses yeux c’est le profit qu’elle en tire. Tant pis si les enfants s’écroulent sous les balles comme des mouches. Elle entend mais elle ne veut pas entendre le bruit des armes qui détruisent la vie de ces pauvres gens, qui déciment des familles entières.
Les Nations unies ne font rien pour arrêter le massacre parce que cette guerre est alimentée par les nations qui dirigent ce « machin ». Quand il s’agit des causes de l’Afrique, elles deviennent sourdes, aveugles et aphones, et les moyens nécessaires ne sont pas dégagés pour la résolution de la crise.
Refusons de croire, nous Africains, qu’être doté des richesses naturelles est une malédiction. La malédiction est une invention de l’esprit, pour nous endormir davantage, car Dieu ne peut pas maudire une aire géographique en y inondant son sol ou sous-sol de toutes ces ressources.
L’accepter c’est admettre que la RDC a tort d’avoir un territoire si immense et dont le sous-sol et le sol sont un scandale géologique. Et c’est donc naturel que le Rwanda de Paul Kagamé l’agresse en ayant recours au M23. C’est normal également que le Rwanda soit utilisé pour faire diversion afin de piller parfaitement le Congo. Une brusque progression dans le nord et le sud Kivu fait craindre le pire et la stabilité de cette région de l’Afrique.
Des militaires sud-africains engagés dans le cadre de la MONUSCO[xii] et de SAMIDRC pour le compte de la SADC sont tombés sous les balles de l’ennemi. Au total, 14 soldats tués depuis le début de l’année, à la suite de l’avancée spectaculaire et meurtrière du M23 et des troupes rwandaises. De ce fait, ces contingents ont quitté Goma et Bukavu.
Les principales villes du Kivu, Goma au nord et Bukavu au sud, sont tombées aux mains des rebelles. Le pouvoir de Kinshasa est menacé. Le Président Félix Tshisekedi, malgré tout, refuse de dialoguer et est droit dans ses bottes : « Nous ne plierons pas, nous ne reculerons pas » ; même s’il est au pied du mur.
Comme l’UA n’existe que de nom, comme l’Afrique est divisée, l’Occident et sa marionnette rwandaise peuvent continuer leurs sales besognes. Alors que si l’Afrique était unie, aucune puissance ne pourrait déstabiliser aucun de ses pays et s’emparer de ses biens.
En effet, son 38e sommet le 16 février 2025, à Addis-Abeba est caractérisé par des tensions manifestes car les chefs ‘Etat ne se sont pas entendus sur des solutions à apporter à cette situation catastrophique en RDC.
Il est indiscutable que la force de l’Afrique est réelle mais elle sera efficace si et seulement si il y a une volonté politique sincère, que l’Afrique parle d’une seule voix à travers l’UA appuyée par les organisations régionales : la CEDEAO, la SADC[xiii] et la CEAC[xiv]. Sans évoquer la position géostratégique du continent, le Sénégal (« la porte de l’Afrique »), Djibouti (carrefour entre le Moyen-Orient et l’Afrique), les pays du Sahel, les pays du Maghreb…
Donc, l’Afrique peut se relever mais à condition que la nouvelle génération de ses dirigeants ne soient pas pervertis par les vieux démons empêchant l’exercice d’une démocratie participative pour le bien commun, comme on le voyait naguère. La démocratie et la bonne gouvernance sont les maitres mots, ou si l’on préfère la gouvernance démocratique est une condition nécessaire pour le développement de l’Afrique. Mettre l’éthique et la morale au service de l’humain.
C’est dire pour que l’Afrique se développe, il faut commencer par installer un climat de paix dans les pays et entre les voisins ; ceci est un préalable. L’exploitation de gaz conjointe entre le Sénégal et la Mauritanie, discussion entre le Sénégal et la Guinée-Bissau sur les futures recettes pétrolières sont de parfaites illustrations, à condition que cela perdure. Il sera aussi question d’affirmer sa souveraineté car on ne peut pas s’affirmer si on n’est pas souverain. C’est dans cet ordre d’idées que le Sénégal sous la gouvernance du duo Sonko-Diomaye a entrepris la renégociation des contrats léonins, surtout dans les domaines gazier et pétrolier.
En définitive, la prospérité d’un pays n’est que la résultante d’une bonne gouvernance qui n’est possible que dans un pays souverain. Voilà le défi auquel l’Afrique doit faire face. Elle doit compter sur elle-même pour trouver la solution à ces difficultés évoquées si elle veut devenir le nouveau centre du monde.
Oupa Diossine LOPPY
Diplômé en Science politique
Ecrivain-Auteur de « Ousmane Sonko, diable ou messie ? »
Paru en novembre 2024
[i] Données Worldometer
[ii] BAD (Groupe banque africaine de développement)
[iii] République démocratique du Congo
[iv] Le cuivre, le cobalt, l’argent, l’uranium, le plomb, le zinc, le cadmium, le diamant, l’or, l’étain, le tantale, le tungstène, le manganèse, le coltan, etc.
[v] La pêche au Sénégal, en Guinée-Bissau, le bois et le pétrole au Gabon, le pétrole au Congo…
[vi] Les militaires qui ont pris le pouvoir au Mali, au Burkina Faso, au Niger ont reçu un soutien populaire. Les populations du Gabon, de la République de Guinée ne semblent pas rejeter les nouveaux tenants du pouvoir. Au Tchad, la situation est mitigée ; la décision de renvoyer l’armée française a mis du bémol face à l’adhésion populaire au régime.
[vii] Nouvel ordre économique mondial
[viii] Corée du sud, Taïwan, Hong Kong et Singapour
[ix] Malaisie, Indonésie, Thaïlande, Vietnam, Philippines, qu’on appelle aussi » les tigres »
[x] Mobutu malgré les atrocités qu’il a commises sur le peuple congolais, a perdu le pouvoir parce qu’il n’acceptait plus que les richesses du pays soient entre les mains des étrangers.
[xi] Le M23 fait référence aux accords du 23 mars 2009 dont les mutins dénoncent l’impasse ; il est créé le 6 mars 2012.
[xii] Missions des nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo ; le contingent déployé depuis décembre 2023 et composé en outre des Tanzaniens et des Malawiens.
[xiii] La communauté de développement de l’Afrique australe
[xiv] Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale
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