Archidiocèse de Dakar : la 1ère lettre pastorale de Mgr André Guèye autour d’une Eglise synodale

Archidiocèse de Dakar : la 1ère lettre pastorale de Mgr André Guèye autour d’une Eglise synodale

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Lettre pastorale n° 1 : « La paix soit avec vous »

Aux diocésains de Dakar, prêtres et diacres, religieux et religieuses, fidèles laïcs, et à toutes les personnes de bonne volonté.

Je suis heureux de m’adresser à vous, pour la première fois, par le biais d’une lettre pastorale. Celle-ci est motivée d’abord par une volonté de vous saluer et c’est la raison pour laquelle je l’ai intitulée : « La paix soit avec vous ». Telles furent aussi les premières paroles du pape Léon XIV, nouvellement élu.

Cette salutation est naturellement une prière, puisque la paix est un don du Ressuscité (cf. Jn 20,19). Que cette paix inonde nos cœurs, nos vies, nos familles, nos relations et nos communautés. Le leitmotiv de cette lettre est ensuite de vous donner les termes de référence de nos orientations pastorales pour les trois prochaines années.

1- Mon arrivée

Je voudrais d’emblée vous remercier très sincèrement du bon déroulement des célébrations qui ont marqué mon installation au siège épiscopal de Dakar, tant sur le plan liturgique que sur le plan de l’organisation matérielle et financière qui a permis le bon accueil des diocésains et des différents hôtes. J’exprime ma gratitude pour l’intuition de la neuvaine de prière précédant les événements. Une prière qui est toujours d’actualité à mon avis et qui me redonne sans cesse de la motivation. C’est pour dire que je me recommande à vos prières pour mon ministère au milieu de vous et avec vous.

J’évoque, en signe de gratitude, mon prédécesseur, Monseigneur Benjamin Ndiaye, pour son admirable travail à la tête de l’archidiocèse pendant cette dizaine d’années. Comme je l’ai déjà dit, lors de la messe de mon installation, je m’inscris dans le renforcement des acquis, tout en essayant d’apporter ma touche personnelle, eu égard à ma petite expérience d’évêque depuis 12 ans. 

Je découvre, sans trop grande, surprise l’énormité des défis pastoraux

qui m’attendent, en plus des sollicitations, dans le cadre de la représentation et du volet sociopolitique que comporte la mission et le rôle d’archevêque métropolitain, comme Monseigneur Benjamin me l’a rappelé récemment lors de la séance de passation que j’ai eue avec lui, le vendredi 16 mai dernier, à sa résidence de Kër Moussa. Je compte évidemment sur chacun de vous en matière de collaboration et de participation. 

En ces jours où je rédige cette lettre, je suis à Rome, convoqué par le

Pape Léon XIV, successeur de Saint Pierre, pour l’imposition du pallium.              Le pallium est un signe distinctif que reçoivent les archevêques métropolitains.  Il signifie qu’ils sont au service de la communion dans leurs provinces ecclésiastiques respectives et, surtout, qu’ils sont prêts à se livrer totalement pour l’Église, comme le Christ, l’agneau immolé, dans la communion avec              le Saint-Père et l’obéissance à son égard. L’imposition du pallium me fait penser particulièrement à cette phrase de Saint Paul apôtre : « Je dépenserai très volontiers, et je me dépenserai moi-même pour vos âmes » (2 Co 12, 15).

2- Orientations pastorales triennales                                                                    

(d’octobre 2025 à septembre 2028).

Je voudrais ensuite vous livrer une réflexion initiale de ma part, en vue

de définir une pastorale d’ensemble dans l’archidiocèse de Dakar, pour les trois prochaines années.

Par pastorale d’ensemble, j’entends la marche synodale, qui concerne

toutes les entités de l’archidiocèse, restant sauves les spécificités, selon les finalités propres, en considération de leur nature. Autrement dit, ces orientations pourront être adaptées, sans y déroger, à la particularité des entités paroissiales, des services diocésains, des associations, mouvements et groupes. 

Les sources et événements desquels je souhaite qu’on s’inspire pour

l’élaboration desdites orientations sont : 

  1. La vision de l’Archevêque émérite, Monseigneur Benjamin Ndiaye, pendant tout le temps de son magistère à la tête de l’archidiocèse, 
  2. L’actualité de l’Église universelle, notamment avec le Synode sur la synodalité et son Document final
  3. L’Année jubilaire 2025, sous le signe de l’espérance chrétienne, 
  4. La 5ème assemblée générale des CERAO, avec le thème : « Pour une Église synodale et autonome, au service de la justice et de la paix en Afrique de l’Ouest », 
  5. Mon discours inaugural lors de mon installation au siège d’archevêque métropolitain, du 3 mai 2025. 

Voici comment notre démarche pastorale pourrait s’articuler : 

Au début de son ministère épiscopal à Dakar, son Excellence, Mgr Benjamin NDIAYE, après avoir médité sur la triple dimension du ministère épiscopal, a axé toute sa vision pastorale et l’organisation du gouvernement pastoral, sur le fondement scripturaire, plus précisément sur la déclaration solennelle de Jésus, dans l’Évangile de Saint Jean : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie» (Jn 14,6). Je considère que c’est un fondement que nous devons tenir ferme, puisque l’Église de Jésus-Christ est voulue par notre Seigneur lui-même, comme sacrement du salut, « à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu » (LG 1). Il s’agira toujours de mener les personnes et les peuples vers Jésus, unique Sauveur, de leur montrer le Christ, afin de susciter leur adhésion. C’est le sens de la mission de l’Église.  

C’est dans cette ligne que s’inscrit du reste ma devise épiscopale,              

« In ipso vita et lux » (en Lui la Vie et la Lumière), tel que je l’ai expliquée en ces termes : « Il s’agit bien sûr du Christ qui est le Chemin, la Vérité et la Vie. Christ est la lumière du monde. Cette lumière symbolise la Vérité qui éclaire notre chemin : la Vérité de la foi, la Vérité de l’amour et de l’espérance pour tout homme. C’est vers lui que nous tendons et l’objectif final reste notre adhésion, notre participation à sa Vie ». 

Depuis lors, du chemin a été parcouru : des réalisations accomplies, des satisfactions obtenues, de nouveaux défis certainement cernés, ainsi que des difficultés qui restent encore, sans doute, à être surmontées. Nous devons donc capitaliser tous les acquis, afin de continuer la mission et aller plus loin. 

Par la suite, et comme cela convient parfaitement, c’est la spiritualité mariale qui devait renforcer cette dimension christologique fondamentale de la mission. Des thèmes mariaux ont jalonné ou plutôt ont illuminé, la marche de l’Église, famille de Dieu à Dakar. Il s’agit précisément des thèmes : « Comment m’est-il donné que vienne à moi la mère de mon Seigneur » (Lc 1, 43) et « Monstra te esse matrem » (Montre-toi mère). 

L’actualité du Synode sur la synodalité et la publication du Document final ont profondément marqué la vie de l’Église universelle comme celle des Églises particulières. Le Document final se présente comme un vademecum que le Pape recommande vivement « comme une référence qui fait autorité pour la vie et la mission de l’Église ». Aussi, appelle-t-il les Églises locales « à mettre en œuvre, dans leurs différents contextes, les orientations contenues dans le Document qui font autorité » (Note d’accompagnement du Document final).

Il s’agit alors maintenant d’adopter la synodalité comme une façon de

vivre et d’agir à tous les niveaux de vie ecclésiale : « La synodalité doit s’exprimer dans la façon ordinaire de vivre et d’œuvrer de l’Église. Ce modus vivendi et operandi se réalise à travers l’écoute communautaire de la Parole et la célébration de l’Eucharistie, la fraternité de la communion et la responsabilité partagée, et la participation de tout le peuple de Dieu, à ses différents niveaux et dans la distinction des divers ministères et rôles, à la vie et à la mission de l’Église » (DF n° 30 ; cf. n° 87).

On ne peut parler de synodalité sans parler de communion dans              la mission. Voilà pourquoi dans mon adresse du 3 mai dernier, à l’occasion de mon installation, je déclarais ceci : « Dans la diversité des charismes, n’oublions jamais l’exhortation de Saint Paul à vivre la communion et à travailler à l’intérêt de tous (cf. 1 Co. 12, 4-6) : “La synodalité invite – ce qui constitue parfois un défi – les pasteurs des Églises locales, autant que les responsables de la vie consacrée et des associations ecclésiales, à renforcer leurs relations afin de donner vie à un échange de dons, au service de la mission commune” (n. 65). Nous sommes tous donc invités à l’harmonie, à la communion, à la collaboration, sous la responsabilité et la vigilance de l’Archevêque, pour ne pas nous disperser et nous concurrencer ».

L’année jubilaire 2025, placée sous le sceau de l’espérance, tout en renforçant la dimension eschatologique de la vie chrétienne, offre à celle-ci l’opportunité de se revigorer dans son témoignage de transformation des réalités de ce monde par la lumière de l’évangile (cf. Mt 5, 13).

Il est tout à fait clair que cette optique éclaire d’une lumière nouvelle et prophétique la vie de l’Église en Afrique en général et en Afrique de l’Ouest en particulier, comme l’a bien senti et exprimé, la 5ème Assemblée générale des CERAO, tenue à Dakar du 5 au 11 mai 2025, et qui retentit comme un rappel des deux synodes sur l’Église en Afrique (cf. Ecclesia in Africa et Africae munus).

À l’issue de cette Assemblée, une déclaration finale a été publiée, sans oublier les recommandations et les résolutions fortes que les évêques se sont donné de vivre ou d’appliquer, comme guide de leur ministère pastoral, dans leurs diocèses respectifs et au sein des Conférences épiscopales, pour les trois prochaines années. 

Nous devons évidemment nous inscrire dans cette perspective, en vertu de la communion au sein de cette grande famille des CERAO et en vertu également de l’esprit prescrit par la synodalité, pour que les lignes pastorales dégagées lors de ces assises soient prises en compte dans nos préoccupations pastorales diocésaines. J’ai d’ailleurs partagé ce souci pastoral avec mes pairs Évêques, à la dernière session de la Province ecclésiastique de Dakar, au nom de la communion et de la collégialité qui doivent régir nos relations. 

Je rappelle que le thème de cette Assemblée était celui-ci : « Pour une Église synodale et autonome au service de la justice elle la paix en Afrique de l’Ouest ». Trois thématiques phares se dégagent de ce thème :

  • La synodalité : Elle est un principe, le modus vivendi et operandi de l’Église, tel que le magistère pontifical nous le recommande.
  • L’autonomie : Elle s’applique non seulement en matière économique et financière, mais aussi en ressources humaines, spirituelles, intellectuelles et doctrinales. D’où l’importance de la formation à tous les niveaux.   
  • La justice et la paix : Nous nous souvenons, sans nul doute, de la grande Lettre pastorale des évêques du Sénégal en 1994, « Bâtir ensemble en Sénégal de justice et de paix » ; lettre au sujet de laquelle un colloque a été organisé à Thiès pour fêter ses 25 ans, avec, au demeurant, des recommandations fortes, toujours actuelles pour notre pays. 

Nous restons convaincus que toutes ces considérations, tous ces événements sont providentiels, et constituent comme un signe des temps, ou des « kairoi » qui attirent notre attention tant sur les défis de notre temps que sur les prémices de l’Esprit, fruits de sa présence et de son action. 

3- L’élaboration des orientations

Par la présente lettre, je fournis un éclairage global, pour laisser à un groupe de personnes-ressources le soin d’y réfléchir, pour en extraire une démarche pastorale, avec les objectifs à atteindre. C’est un travail qui demande la contribution de compétences différenciées, qui définiront les motivations théologiques et spirituelles, sans lesquelles le travail demandé serait assimilable à celui des grandes organisations expertes en planification stratégique. Or il s’agit d’être à l’écoute de ce que « l’Esprit-Saint dit » (cf. Ap 3, 22) aujourd’hui à l’Église-Famille de Dieu sous la juridiction de l’Archidiocèse et confiée à la sollicitude pastorale de l’Évêque. 

Concrètement, je mets sur pied une équipe multicompétente, pour réfléchir sur ces différents éléments du grenier et proposer à l’évêque un document pastoral simple et compréhensible, qui sera la ligne directrice de la pastorale, avec des thématiques claires, des objectifs bien définis, sans oublier toutefois, et pour le répéter, la dimension spirituelle fondée sur la christologie que Mgr Benjamin a déjà indiquée, et la dimension mariale qui rythme la marche du peuple de Dieu, et bien sûr en tenant compte de l’application ou de la mise en œuvre du principe de la synodalité, du défi de l’autonomie et la promotion de la justice et de la paix.

6

En attendant de vous faire parvenir prochainement le document des orientations pastorales 2025 – 2028, je vous confie à l’intercession des Bienheureux Apôtres Pierre et Paul, et à la protection de la Bienheureuse Vierge Marie, Reine des Apôtres et Notre-Dame de Poponguine. 

À tous ceux et celles qui prendront une pause dans le travail, je souhaite un bon temps de repos et de ressourcement ; aux paysans, la bénédiction du travail de leurs mains et la récompense de la peine du labeur des champs ; aux élèves et étudiants le couronnement de leurs efforts dans l’apprentissage, les études et la formation. 

Restons fermes dans l’espérance (cf. He 6,19) qui ne déçoit pas (cf. Rm 5, 5). 

Donnée à Dakar, en la mémoire de saint Antoine-Marie Zaccaria, ce 5 juillet 2025. 

                                                           † Monseigneur André GUEYE

                                                                   Archevêque de Dakar

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