Appartements meublés : l’État ferme les yeux, la jeunesse en paie le prix

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Ils poussent comme des champignons, s’affichent sans complexe sur les réseaux sociaux, opèrent au vu et au su de tous, et pourtant… personne ne les contrôle. Les appartements meublés, devenus en quelques années une véritable industrie parallèle, incarnent aujourd’hui l’un des angles morts les plus inquiétants de l’action publique.

Sous couvert de modernité et de “location de courte durée”, ces logements échappent pour la plupart, à toute régulation fiscale, sanitaire et morale. Évasion fiscale assumée, concurrence déloyale flagrante envers le secteur hôtelier formel qui, lui, paie impôts, taxes, licences et respecte des normes strictes. Parfois , c’est une transformation insidieuse de quartiers résidentiels en zones de non-droit.

Le drame survenu à Sicap Liberté 5, lors des célébrations du Nouvel An, en est une illustration tragique. Huit jeunes, âgés de 16 à 23 ans, pour la plupart élèves et mécaniciens, ont loué un appartement meublé pour 130 000 FCFA la journée. Y a-t-il eu un contrôle d’identité sérieux?  Aucun encadrement. Ce qui devait être une fête privée a dégénéré après la consommation de produits illicites, révélant une fois de plus la vulnérabilité d’une jeunesse livrée à elle-même dans des espaces souvent sans règles ni responsabilités.

Ces appartements sont devenus, dans bien des cas, des lieux de débauche, accessibles à des mineurs, favorisant les dérives, l’alcoolisation excessive et l’usage de stupéfiants. Tout cela dans un silence assourdissant des autorités locales, municipales et parfois même étatiques. Qui délivre les autorisations ? Qui contrôle ? Qui encaisse les taxes ? La réponse est simple : personne, ou presque.

Pendant ce temps, les hôteliers respectueux des lois étouffent sous le poids des charges, tandis que des exploitants informels engrangent des millions dans l’ombre. Pire encore, les quartiers autrefois paisibles deviennent des foyers d’insécurité nocturne, au détriment des riverains.

Il ne s’agit plus d’un simple phénomène économique, mais d’un problème de société. Laisser prospérer ces zones grises, c’est accepter l’hypocrisie institutionnelle, sacrifier la jeunesse et normaliser l’illégalité. L’État ne peut continuer à jouer à l’autruche.

Réglementer n’est pas interdire. Contrôler n’est pas réprimer aveuglément. Mais fermer les yeux, c’est se rendre complice.

Et à Sicap Liberté 5 comme ailleurs, la question demeure : combien de drames faudra-t-il encore pour que les autorités assument enfin leurs responsabilités ?

Elimane Sall, président de l’association pour la défense des locataires du Sénégal (Adls).

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